Origines et histoire du musée
L'histoire du musée de la Cohue est intimement liée à la longue évolution de sa structure physique au cœur de Vannes, en France. Les parties les plus anciennes de l'édifice remontent au XIIIe siècle. Au fil des siècles suivants, le site a connu des transformations majeures, avec des extensions successives aux XIVe et XVIIe siècles. Ces strates architecturales témoignent des usages changeants de cet espace à travers le Moyen Âge et la période de la première modernité.
Avant de devenir un sanctuaire dédié à l'art, le bâtiment a traversé plusieurs vies et fonctions distinctes. Il fut autrefois un lieu d'échanges commerciaux et de procédures judiciaires, puis la structure a abrité un théâtre jusqu'aux années 1950. En 1813, la propriété fut transférée à la municipalité. Le musée, en tant qu'institution formelle, a été officiellement établi en 1982, réunissant ainsi les collections qui ont habité ce lieu à travers ses multiples métamorphoses.
Le bâtiment et son architecture
Niché au cœur de Vannes, le musée occupe un emplacement privilégié sur la Place Saint-Pierre - Rue des Halles, faisant face à la majestueuse cathédrale Saint-Pierre. L'édifice lui-même porte en lui un profond poids historique, ses parties les plus anciennes remontant au XIIIe siècle. Au fil des siècles, il s'est agrandi, notamment aux XIVe et XVIIe siècles, évoluant d'une halle médiévale vers un espace qui abrita autrefois la cour ducale de justice et le Parlement de Bretagne. Cette histoire stratifiée se reflète dans la pierre même du bâtiment, classé Monument Historique depuis 1929.
L'architecture est une véritable convergence d'époques. Si le rez-de-chaussée servait originellement de lieu de commerce et de marché, les étages supérieurs remplissaient des fonctions administratives et judiciaires jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Aujourd'hui, le bâtiment bénéficie du label de Musée de France. Les développements architecturaux récents ont cherché à marier ce tissu historique avec le design contemporain, à travers un projet ambitieux mené par Nieto Sobejano, Richard Faure et Adrien Gardere.
La présence physique du musée est intimement liée au caractère médiéval de la ville, situé à proximité immédiate des remparts et des maisons à pans de bois de la vieille ville. Les espaces intérieurs, qui furent autrefois un théâtre, ont entamé une métamorphose vers leur rôle actuel, entretenant un dialogue constant entre la maçonnerie ancienne et les exigences modernes d'une collection publique.
Collections majeures et chefs-d'œuvre artistiques
Le musée de la Cohue abrite un assemblage hétéroclite d'objets, avec un inventaire actuel de 6 512 œuvres et pièces de collection. Parmi ces trésors, on découvre des sculptures en bois polychrome remontant aux XIVe et XVIe siècles qui témoignent d'un savoir-faire ancestral. Aux côtés de ces formes sculpturales, la collection déploie l'élégance de l'orfèvrerie du XVIIIe siècle, du mobilier d'époque et divers objets d'art décoratif. Ces pièces offrent un lien tangible et charnel avec la vie matérielle des siècles passés.
Pour les passionnés d'arts graphiques, les collections de estampes constituent un point de mire essentiel. Elles incluent une sélection de 18 estampes de Jean Urvoy ainsi que 3 eaux-fortes de Goya. Une collection plus vaste de gravures issues des XIXe et XXe siècles vient enrichir l'étendue des fonds, illustrant une multitude d'approches techniques et de périodes historiques, voyageant à travers le temps et le trait.
- Christ sur la Croix, 1835 - Eugène Delacroix
- Marché à Concarneau - Joseph-Félix Bouchor
- Mariage breton - Joseph-Félix Bouchor
- Soirée à Plounéventer - Jean-Édouard Dargent
- Séance de portrait sous le Directoire, 1885 - Jeanne Rongier
- En forêt, le givre, 1879 - Léon Le Goaesbe de Bellée
Les chefs-d'œuvre de la collection
La présence du Christ en croix, peint en 1835, définit l'âme même de cette collection. Cette œuvre magistrale d'Eugène Delacroix demeure l'ancre centrale des trésors du musée, possédant une telle force qu'elle semble commander l'espace qui l'entoure. À proximité, les toiles de Joseph-Félix Bouchor offrent une intensité d'une tout autre nature. Ses peintures, telles que Le Marché à Concarneau, Mariage breton et Les Limicoles, capturent des instants suspendus de la vie et du caractère régionaux, s'imposant comme de douces observations d'une manière d'être singulière.
La collection se fait également le théâtre d'études fascinantes sur la lumière et l'atmosphère. Soir à Plounéventer de Jean-Édouard Dargent et l'œuvre de 1879 de Léon Le Goaesbe de Bellée, En forêt, le givre, invitent à une contemplation lente. On y ressent le silence du givre et la lumière déclinante du soir. Ces œuvres paysagères trouvent un écho dans la précision formelle du portrait de Jeanne Rongier datant de 1885, Séance de portrait sous le Directoire, qui apporte un contrepoint structuré à l'atmosphère plus évanescente des paysages.
- Christ en croix, 1835 - Eugène Delacroix
- Le Marché à Concarneau - Joseph-Félix Bouchor
- Mariage breton - Joseph-Félix Bouchor
- Les Limicoles - Joseph-Félix Bouchor
- Soir à Plounéventer - Jean-Édouard Dargent
- En forêt, le givre, 1879 - Léon Le Goaesbe de Bellée
Acquisitions majeures et dons
Le patrimoine du musée de la Cohue a été profondément façonné par la générosité d'artistes individuels, illustrée de manière emblématique par le don de Geneviève Asse. Depuis 2013, un espace permanent est dédié à son œuvre, permettant à sa présence de demeurer une constante au sein de l'institution. Cette collection de peintures et d'œuvres offre une continuité singulière aux collections modernes du musée.
Les acquisitions récentes ont également enrichi la profondeur de la collection permanente. En 2017, la ville de Vannes a fait l'acquisition d'une esquisse inédite du voleur provenant de l'atelier d'Eugène Delacroix. Cette pièce offre un lien direct avec le processus de création de l'artiste. Au-delà de ces ajouts permanents, l'institution gère 348 dépôts inscrits qui contribuent à la richesse et à la diversité des œuvres exposées.
Projets et expositions récents
Le musée traverse actuellement une période de transition majeure, marquée par un ambitieux projet de rénovation. Cette phase de métamorphose s'accompagne d'une participation au projet Joconde, ce catalogue collectif qui fédère les collections des musées de France. Une telle initiative assure la visibilité et la pérennité des trésors conservés au sein d'un cadre national élargi, magnifiant ainsi l'héritage artistique de l'institution.
Du 7 décembre 2024 au 22 mars 2025, le musée propose une exposition intitulée Les dessous des musées de Vannes. Cette présentation offre un regard privilégié sur les rouages internes et les strates méconnues de l'institution, offrant une perspective rare sur la vie du musée, bien au-delà de l'éclat des galeries publiques.
L'avenir de l'institution s'inscrit dans une dynamique de mouvement avec le futur transfert de ses collections. Les œuvres du musée de la Cohue sont destinées à rejoindre le futur Château de l'Hermine. Ce déplacement marquera un chapitre essentiel de l'histoire des trésors artistiques de la ville, alors qu'ils se préparent à s'épanouir dans un nouveau cadre prestigieux.
