L'histoire de Sutton House
Sutton House demeure l'un des derniers vestiges de l'architecture Tudor à Londres. Érigée en 1535 par Sir Ralph Sadleir, cette demeure fut initialement conçue pour un proche collaborateur de Thomas Cromwell. Au fil des siècles, elle a servi de foyer familial, témoignant avec résilience de l'évolution de Hackney, qui a vu son paysage rural se métamorphoser en un tissu urbain dense.
Au cours des siècles, la maison a connu de profondes mutations dans sa vocation. Au XVIIe siècle, le bâtiment a ouvert ses portes en tant qu'école pour jeunes filles. Durant cette période, les résidentes s'adonnaient à la broderie et à l'art du papier, laissant derrière elles de délicates découpes décoratives qui restèrent enfouies sous les lattes du plancher pendant des centaines d'années. Plus tard, le site a assumé le rôle d'institut paroissial avant de devenir, pour finir, le siège de divers syndicats.
Le bâtiment et son architecture
Érigée en 1535, Sutton House demeure la plus ancienne demeure de Hackney, un témoin privilégié du temps qui passe. Ses murs, qui renferment cinq siècles d'histoire, abritent des pièces de style Tudor à l'atmosphère envoûtante, ayant su préserver une grande partie de leurs caractéristiques originelles. Parmi ces trésors architecturaux, on ne peut que remarquer la présence de boiseries en « pli de linge » (linenfold), véritables chefs-d'œuvre de l'époque Tudor qui offrent un lien direct et tangible avec les racines du XVIe siècle de cet édifice.
Les espaces extérieurs, notamment le jardin baptisé Breaker's Yard, racontent à leur tour une métamorphose fascinante. Autrefois terrain vague et pollué, ce lieu s'est métamorphosé pour devenir un véritable parc de poche, un havre de paix urbain. Cette évolution physique du site est le miroir fidèle des mutations paysagères qui ont façonné l'environnement urbain environnant au fil des âges.
Une histoire de métamorphoses
Au fil de cinq siècles, ce bâtiment a traversé les âges en revêtant de multiples visages, témoignant des évolutions de la société. En 1657, Sarah Freeman prit la demeure en bail pour y fonder une école de jeunes filles. Durant cette période, l'apprentissage de la broderie et de l'art du papier occupait le quotidien des élèves, qui laissèrent derrière elles de délicates découpes décoratives, de véritables trésors de papier qui demeurèrent enfouis, secrets et silencieux, sous les lattes du plancher pendant des siècles.
Plus tard, la demeure connut une phase plus informelle, servant de centre communautaire sous l'égide de squatters, une période d'occupation singulière qui précéda sa transformation en espace administratif officiel. À partir de 1953, le bâtiment devint le siège de l'Association of Supervisory Staffs, Executives and Technicians (ASSET). Cette vocation institutionnelle se poursuivit après 1968, lorsque l'édifice accueillit le siège de l'Association of Scientific, Technical and Managerial Staffs (ASTMS).
Expositions et recherches
Lors des travaux de restauration entrepris dans les années 1980, un trésor insoupçonné a été mis au jour sous les lattes du plancher : des découpages et des pliages de papier décoratifs. Ces délicats artefacts, façonnés par des jeunes écolières il y a près de 350 ans, ont été identifiés par le Dr Isabella Rosner. Ces spécimens offrent un regard d'une rareté absolue sur l'univers matériel et le quotidien des jeunes filles issues de la bourgeoisie et de l'aristocratie du XVIIe siècle.
La découverte de ces estampes établit un lien charnel et direct avec le passé scolaire de la demeure. Ces objets, exhumés des profondeurs du sol, témoignent des arts et métiers tels que la broderie et le travail du papier qui étaient enseignés aux élèves de l'époque. Ces vestiges précieux constituent aujourd'hui une part essentielle du patrimoine matériel de la maison, véritable mémoire silencieuse de son histoire.
